Dans ce petit Lexique alphabétique du Complotisme, nous nous intéressons aux termes et aux expressions les plus souvent utilisés par les théoriciens du complot, lesquels ont su remettre au goût du jour des doctrines traditionnelles de l’extrême droite réactionnaire, xénophobe et parfois antisémite, dans une ère souvent qualifiée de post-vérité, faite de « fake news » et de faits alternatifs.

Expression langagière utilisée par des auteurs ou groupes de personnes pour désigner l’opinion et le comportement des personnes dites bien-pensantes, « dont les idées sont conformistes » et soumises au politiquement correct. Le terme a une connotation péjorative, polémique et ironique, car il est surtout employé par les détracteurs du politiquement correct.

De l’anglais cancel, « annuler », manifestation numérique apparue aux États-Unis consistant à dénoncer publiquement, en vue de leur ostracisation, des individus, groupes ou institutions responsables d’actes, de comportements ou de propos jugés inadmissibles. La culture de la dénonciation peut être perçue comme une forme d’auto-justice, condamnant de facto des individus sans procédure légale et sans motif autre que l’appréciation générale d’un groupe. Ce terme est fréquemment utilisé par la droite et l’extrême droite pour discréditer ses opposants.

La théorie conspirationniste des chemtrails avance que certaines traînées blanches créées par le passage des avions en vol sont composées d’agents chimiques ou biologiques délibérément répandus en haute altitude par diverses agences gouvernementales pour des raisons dissimulées au grand public. Même s’il est entendu qu’il existe des recherches en « geo-ingénierie », cette théorie complotiste est rejetée par l’ensemble de la communauté scientifique, qui explique qu’il s’agit de simples traînées de condensation.

Tout comme les propos antisémites et homophobes, les termes de « collaborateur » ou « collabo » sont monnaie courante dans les groupes complotistes et dans la fachosphère. Ils désignent ceux qui sont supposés partager les mensonges des médias dits « mainstream » ou des élites qui nous asserviraient. Ce mot fait référence à une rhétorique relative à la Seconde Guerre mondiale, et son utilisation s’accompagne le plus souvent de la menace d’une « justice populaire ».

L’expression « État profond » (« Deep State » en anglais), s’est largement banalisée dans la littérature conspirationniste avant d’être popularisée avec l’avènement de l’Administration Trump aux USA. Instrumentalisée par plusieurs théoriciens du complot comme le Canadien Peter Dale Scott en particulier, les partisans du mouvement QAnon (voir l’Annuaire des sites de désinformation pour en savoir plus), des youtubeurs d’extrême droite comme Papacito ou des intellectuels comme Michel Onfray, la notion d’« État profond » permet d’attribuer à une entité indéfinie toutes sortes de complots et de manipulations sans avoir jamais à en apporter la moindre preuve. (Source : Conspiracy Watch).

Idiotisme et néologisme à connotation péjorative, créé à la fin du XXe siècle pour remettre en cause les concepts d’ingérence humanitaire, par exemple lors de l’intervention militaire de l’OTAN au Kosovo en 1998-1999 ou de l’aide humanitaire menée par les ONG (par exemple Médecins sans frontières).

Les opérations sous fausse bannière ou sous faux pavillon (parfois désignées « sous faux drapeau », calque de l’anglais false flag) sont des actions menées avec utilisation des marques de reconnaissance de l’ennemi. Selon l’Observatoire du conspirationnisme, dans les milieux complotistes, l’expression « false flag » est fréquemment utilisée après la survenue d’actes terroristes, « afin d’instiller l’idée que le terrorisme est, sinon directement fabriqué par le propre gouvernement du pays visé, du moins mis en scène avec sa complicité. »

Mot-valise utilisé pour discréditer les opposantes idéologiques de l’extrême droite, en l’occurrence les féministes.

Thèse complotiste utilisée pour des supposés responsables aux flux migratoires, ainsi que la solution – radicale – envisagée pour les endiguer, la « remigration ». Le terme est apparu la première fois en 2011 sous la plume de Renaud Camus (contributeur de Boulevard Voltaire et soutien financier à TV Libertés), écrivain et militant politique français d’extrême-droite.

Dans la bouche de la complosphère, la Grande Réinitialisation — aussi nommée le Plan — consisterait à vouloir détruire l’économie, supprimer la monnaie, mettre à bas les démocraties, imposer un suivi de bonne citoyenneté à la chinoise ou encore mettre en place un régime tantôt communiste, fasciste, nazi ou les trois à la fois. Pure invention des complotiste, le terme fait référence à un livre de géopolitique des économistes Klaus Schwab et Thierry Malleret. Les deux économistes y militent pour un « monde moins clivant, moins polluant, moins destructeur, plus inclu­sif, plus équitable et plus juste que celui dans lequel nous vivi­ons », expliquent-ils pour le journal Le Monde. Ironiquement, l’ouvrage prévoit aussi, en réponse aux crises majeures de notre époque, une défiance croissante entre les individus, des logiques de diabolisation et l’explosion de la rhétorique complotiste. Terme utilisé dès le mois de mai 2020 par le président du Forum économique mondial de Davos, le concept de « Great Reset » est dès lors interprété par les conspirationnistes de tous bords qui y voient une étape du « Plan » des élites pour instaurer un « Nouvel Ordre Mondial » (cf. paragraphes suivants). Le navet réactionnaire « Hold-Up », sorti en novembre 2020, achèvera de populariser cette théorie complotiste.

Néologisme désignant une proximité supposée entre des idéologies, personnalités ou partis de gauche et les milieux islamiques, voire islamistes. Il est principalement utilisé en France, notamment popularisé par la droite et l’extrême droite.

Mots-valises injurieux, formulés sur les réseaux sociaux pour stigmatiser une prétendue « caste » médiatique jugée élitiste, des accusations portées depuis des décennies par l’extrême droite. Ces termes, de portée beaucoup plus idéologique et politique qu’objective — ceux qui les utilisent ne le font qu’avec leurs adversaires — connaît une telle popularité sur le web que la chaîne radiophonique Mouv’ leur avait consacré un numéro en mars 2014, intitulé « Tous des journalopes dans les merdias ? ». Pour une généalogie, voir l’article de J. Deborde, « Comment “journalopes” et “merdias” se sont répandus sur les réseaux » (Libération, 05/01/2017) ou le travail d’analyse de Arnaud Mercier et Laura Amigo, « Tweets injurieux et haineux contre les journalistes et les “merdias” » (Mots. Les langages du politique, 2021).

Menace récurrente aux idéologies d’extrême-droite, le marxisme culturel est une théorie du complot répandue dans les cercles extrémistes. Ce terme représenterait la force se cachant derrière le « déclin » de la civilisation occidentale et participant à un soi-disant complot contre l’Ouest et ses valeurs.

Popularisé pendant la crise sanitaire, le mot-valise « moutruche » désigne une personne ayant les traits de caractère supposés du mouton et de l’autruche, à savoir une forme de docilité associée au refus d’accepter la réalité. L’expression rend surtout compte d’une perception manichéenne du monde propre aux sphères conspirationnistes, où les individus sont divisés en deux catégories : d’un côté les « éveillés » et de l’autre « les endormis ». Variante : « mougeon » (mouton / pigeon). (Source : Usbek & Rica, 27 mai 2022).

Formule utilisée pour désigner plusieurs théories du complot. Celles-ci allèguent un projet de domination planétaire que mèneraient des institutions démocratiques, des organisations non gouvernementales ou des régimes autoritaires. Certains tenants de cette théorie du complot évoquent des groupes hypothétiques tels que les « Illuminati » et dénoncent une vaste conspiration secrète de contrôle du monde orchestrée par un groupe d’individus agissant dans l’ombre, porteurs d’un projet totalitaire de longue date. Ces organisations et fondations élitistes, réelles ou supposées, varient suivant les théories : le Council on Foreign Relations, la Commission trilatérale, le groupe Bilderberg, le Club de Rome, la Fondation Ditchley ou bien des groupes fermés comme les francs-maçons, Skull and Bones, Bohemian Club, Ordo Templi Orientis, etc.

Mot-valise formé des mots anglais rape, viol et refugees, réfugiés. Littéralement, des violeurs déguisés en réfugiés. Ce terme est destiné à attiser une islamophobie grandissante en Amérique comme en Europe.

Parmi les mutations en cours sur l’échiquier politique européen, l’un des phénomènes les plus marquants concerne l’essor de sites web populistes qui, prétextant une invisibilisation médiatique des opinions de la droite radicale, s’engagent dans une démarche de « réinformation » des citoyens considérés comme désinformés par des médias frappés de « bien-pensance gauchisante ». Arguant sans cesse de leur exclusion d’un espace médiatique dont ils dénoncent les dérives mensongères, les nouveaux médias de « réinformation » établissent un rapport de causalité entre désinformation et marginalisation : leur relégation dans les coulisses de la scène médiatique serait la preuve de leur authenticité et, par extension, remettrait en cause celle des grands médias. (Source : Réseaux, vol. 2, n° 202-203, p. 241-271 « L’Internet des droites extrêmes » Juin 2017).

La théorie du Grand complot est un mythe conspirationniste qui prétend qu’un groupe de créatures hybrides mi-homme mi-lézard, appelé les « Reptiliens », dirigerait le monde en secret et influencerait la société selon ses désirs. Cette théorie rejoint celle du Nouvel Ordre Mondial. David Icke est connu pour avoir popularisé, à partir des années 1990, ce mythe complotiste d’un monde dirigé secrètement par des reptiles humanoïdes. C’est notamment au contact de ses vidéos que Matthew Taylor Coleman, un Californien de la mouvance extrémiste QAnon s’est radicalisé, avant d’assassiner son fils et sa fille agés respectivement de deux ans et dix mois, parce qu’il pensait que leur mère avait un ADN de serpent.

Abrégé SJW, littéralement « guerrier de la justice sociale ». Néologisme anglais péjoratif qui désigne une personne qui défend des idées ou des causes progressistes, telles que le féminisme, les droits civiques, le multiculturalisme ou les droits LGBT.

La synarchie ou « complot synarchique » est un mythe politique antisémite qui a attribué à une société secrète de gigantesques pouvoirs occultes. Le mythe est apparu au printemps 1941 durant le régime de Vichy.

Terme anglo-américain signifiant « éveillé », ou le fait d’être conscient des problèmes liés à la justice sociale et à l’égalité raciale. En raison de son adoption croissante au-delà de ses origines afro-américaines, le terme est devenu une expression fourre-tout utilisée par les complotistes, l’extrême droite et d’autres courants politiques pour dénigrer des idées progressistes, souvent centrées sur la défense des droits de groupes minoritaires.

À suivre…


Dernière mise à jour : 1er juillet 2022.